Le Maroc est à un tournant crucial de son histoire sociale avec la révision tant attendue du Code de la famille, également connu sous le nom de Moudawana. Lors d’une table ronde organisée le 11 janvier 2025 par le Forum parité et égalité du Parti du progrès et du socialisme (PPS), plusieurs voix se sont élevées pour réclamer une réforme plus audacieuse et inclusive. Ce débat met en lumière les attentes croissantes d’une société marocaine en pleine mutation, qui aspire à davantage de justice, d’égalité et de dignité.

Réforme de la Moudawana : Le Maroc Face au Défi de l'Égalité et de la Justice Sociale

Des Réformes Urgentes pour une Société Moderne

Nouzha Skalli, ancienne ministre de la Famille et présidente de l’association Awal Houriates, a souligné les limites des mesures annoncées jusqu’à présent. Sur les 139 axes prévus dans la réforme de la Moudawana, seuls 17 ont été rendus publics, laissant planer le doute sur la volonté politique de mettre en place des changements profonds. Elle a insisté sur le besoin de données récentes et fiables concernant la famille marocaine pour élaborer des politiques publiques adaptées à la réalité sociale et économique actuelle.

L’une des propositions majeures de Nouzha Skalli concerne l’abolition de l’héritage par agnation (taassîb), pratique jugée discriminatoire et dépourvue de fondement religieux. De plus, elle appelle à la suppression des dérogations permettant le mariage des mineures, un fléau qui nuit gravement aux droits des jeunes filles.

Polygamie et Lecture Moderne des Textes Religieux

La question de la polygamie a également été au cœur des discussions. Nouzha Skalli a plaidé pour une interprétation moderne et progressiste du Coran, citant le verset : « Vous ne pourrez jamais être équitables entre vos femmes. » Cette approche vise à harmoniser les principes religieux avec les engagements internationaux du Maroc en matière de droits humains. Elle a exhorté le Conseil des oulémas à apporter des éclaircissements sur ces questions sensibles et a appelé les partis politiques progressistes à adopter des positions plus courageuses et affirmées.

Vers une Égalité Totale : L’Appel de la Société Civile

Rachida Tahiri, secrétaire générale de l’association Awal Houriates, a insisté sur la nécessité d’éradiquer toutes les formes de domination masculine pour instaurer une parité effective entre les hommes et les femmes. Elle a dénoncé l’utilisation du terme « enfant adultérin », appelant à une réforme législative conforme à la Constitution marocaine, qui garantit une protection égale à tous les enfants, quel que soit leur statut familial.

Elle a également souligné l’importance d’un dialogue inclusif impliquant les institutions, les décideurs et la société civile pour garantir une égalité réelle. Selon elle, seule une volonté politique forte pourra surmonter les résistances et faire progresser la réforme.

Une Mobilisation Collective Nécessaire

Face aux campagnes conservatrices qui cherchent à maintenir le statu quo, Nouzha Skalli et Rachida Tahiri ont lancé un appel à la mobilisation collective. Elles ont invité les partis progressistes, les organisations de la société civile et les chercheurs à unir leurs forces pour promouvoir une réforme en profondeur du Code de la famille. Cette mobilisation est indispensable pour instaurer un cadre juridique garantissant les droits des femmes et des enfants dans un Maroc en constante évolution.

Une Réforme Incontournable pour un Maroc Moderne

La réforme de la Moudawana représente un enjeu majeur pour le Maroc. Elle doit s’inscrire dans une dynamique de progrès social et d’égalité des droits, en phase avec les valeurs de justice et de dignité humaine. Face aux défis sociétaux et aux mutations profondes de la société marocaine, cette réforme ne peut plus attendre. Elle doit refléter les aspirations d’un Maroc moderne, où chaque citoyen, homme ou femme, peut pleinement exercer ses droits et contribuer au développement du pays.

Le Maroc a aujourd’hui l’opportunité d’envoyer un signal fort en faveur de l’égalité et de la justice sociale, des valeurs essentielles pour construire une société plus inclusive et respectueuse des droits humains.