Face à la sécheresse croissante qui frappe le sud du Maroc, une innovation écologique révolutionne la vie de milliers d’habitants. Dans les montagnes de l’Anti-Atlas, un couple visionnaire, Jamila Bargach et Aïssa Derhem, a eu l’idée d’installer d’immenses filets capables de capter l’humidité contenue dans le brouillard pour la transformer en eau potable.

Cette technologie, aussi simple qu’efficace, permet aujourd’hui d’alimenter seize villages et plus de 1200 habitants en eau, dans une région où les réserves se font rares.

Maroc les « moissonneurs d’eau » de l’Anti-Atlas, une innovation écologique contre la sécheresse

Une idée inspirée des sommets du monde

Le projet, né il y a sept ans, s’inspire de dispositifs déjà testés au Pérou, au Chili ou encore en Tanzanie. Le principe repose sur des panneaux de filets tissés installés sur les contreforts montagneux. Ces surfaces retiennent les fines gouttelettes présentes dans le brouillard, qui se transforment ensuite en eau liquide. L’eau ainsi collectée est acheminée dans des réservoirs, puis distribuée dans les villages alentours.

Selon Jamila Bargach, cofondatrice de l’association Dar Si Hmad, cette technologie tire parti d’une ressource naturelle souvent négligée :

« Nous avons prouvé que le brouillard est une véritable source d’eau fiable et pérenne. Cette eau est excellente, pure et propre, meilleure que celle des forages. »

Une innovation sociale et durable

Au-delà de la prouesse technique, ce projet est un symbole d’innovation sociale. Il permet non seulement de lutter contre la sécheresse, mais aussi de renforcer l’autonomie des villages ruraux. Les habitants n’ont plus à parcourir des kilomètres pour s’approvisionner, et peuvent à nouveau cultiver leurs terres.

Grâce à ces installations, les réservoirs de l’Anti-Atlas collectent jusqu’à 1200 litres d’eau par jour, selon la densité du brouillard. Cette ressource vitale redonne vie à des zones longtemps menacées par la désertification.

Un modèle écologique pour le futur du Maroc

L’initiative a valu à ses créateurs le prix Terre de Femmes, décerné par la Fondation Yves Rocher, pour son impact sur la biodiversité et la lutte contre le changement climatique. Ce système, peu coûteux et respectueux de l’environnement, représente une alternative durable aux forages et aux installations énergivores.

À terme, Jamila et Aïssa espèrent étendre le réseau de filets pour approvisionner davantage de villages. Leur ambition : doubler la production d’eau potable et renforcer la résilience des communautés face aux aléas climatiques.

L’eau, une ressource à préserver

Dans un pays confronté à la raréfaction de l’eau, les « moissonneurs d’eau » marocains incarnent l’ingéniosité et la solidarité. Leur travail illustre la capacité du Maroc à développer des solutions locales innovantes pour faire face aux défis du changement climatique.

Cette expérience pionnière prouve qu’une gestion intelligente des ressources naturelles peut transformer la vie des populations rurales, tout en inspirant d’autres projets à travers le monde.