La troisième édition du Festival du livre africain de Marrakech (FLAM) s’est ouverte sous une pluie battante, mais avec un enthousiasme intact. Ce rendez-vous littéraire majeur, devenu un véritable carrefour d’échanges et de réflexions, met en lumière la richesse et la diversité des voix africaines à travers des débats, des panels, des rencontres avec le public et des initiatives éducatives.

Festival du livre africain de Marrakech 2025 : une 3e édition sous le signe de l'engagement et de la réécriture du monde

Une édition placée sous le signe de l’imaginaire féminin

Le festival a débuté avec une table ronde inaugurale intitulée « Quand l’imaginaire féminin redessine le monde ». Historiquement, les récits dominants ont souvent été écrits par des hommes. Mais aujourd’hui, face aux bouleversements globaux, l’imaginaire féminin pourrait-il proposer une alternative plus équitable et durable ?

Parmi les intervenantes, Ananda Devi, écrivaine indo-mauricienne, a partagé son expérience personnelle, soulignant le silence imposé aux femmes dans sa communauté. Pour elle, l’écriture est un moyen puissant de redonner une voix à celles qui en ont été privées : « On peut lutter à partir de ses silences ; retrouver ces voix et les faire exploser.»

De son côté, Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice en France, a partagé son parcours marqué par la résilience et l’engagement. Elle a rappelé l’importance de la littérature dans son éveil politique et social, citant des figures comme Simone de Beauvoir et Angela Davis. « Les femmes avaient mille façons de briser le silence, et c’est cette force qui doit aujourd’hui être mise en avant », a-t-elle affirmé.

Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre et militante pour l’égalité, a souligné l’importance de repenser les récits historiques sous un angle féminin. « Il faut du temps pour que les récits féminins s’imposent et forment une nouvelle conscience », a-t-elle ajouté.

Prendre le pouvoir par les mots et l’action

Si les femmes ont souvent été écartées des sphères de pouvoir, leur engagement passe aujourd’hui par l’écriture, la politique et les arts. Pour Ananda Devi, l’écriture féminine est un acte de résistance. Elle estime que la voix des femmes est essentielle pour transformer la société et lutter contre les inégalités persistantes.

Najat Vallaud-Belkacem a, quant à elle, dénoncé les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes lorsqu’elles accèdent à des postes à responsabilité. « Lorsqu’elles prennent des décisions, elles sont jugées non pas sur leurs actions, mais sur leur genre.»

Christiane Taubira a été encore plus directe : « Il faut prendre le pouvoir ! ». Elle a insisté sur le rôle de l’éducation et de la littérature dans ce combat, expliquant que « la littérature ne change pas le monde, mais elle change les gens.»

Un festival ancré dans l’avenir de la littérature africaine

Le Festival du livre africain de Marrakech continue de s’affirmer comme un espace unique de promotion de la littérature africaine et de réflexion sur les grands enjeux sociétaux. Il met en avant des écrivains, intellectuels et militants engagés pour un monde plus juste, où les récits féminins prennent enfin toute leur place.

Au-delà des débats et des panels, cet événement met en lumière la richesse culturelle de l’Afrique et du Maroc en particulier, tout en affirmant la place essentielle de la littérature comme vecteur de transformation sociale.

En somme, le FLAM 2025 est bien plus qu’un simple festival littéraire : il est un véritable laboratoire d’idées et un catalyseur de changement.